Le Soleil est à l’origine de l’environnement
thermique de la Terre. La connaissance de la source et de la nature
des variations de certains paramètres solaires est essentielle
pour comprendre et prédire les interactions Terre-Soleil. En
particulier, les changements climatiques, l’équilibre
énergétique et la dynamique de la haute atmosphère
sont directement affectés par les variations du Soleil. Ces
études se poursuivent en collaboration internationale, notamment
à l'International
Space Science Institute.
Irradiance et cycle solaire :
L'Irradiance Solaire (I) est définie
comme la quantité d'énergie électromagnétique
solaire incidente sur une surface par unité de temps et de
surface. Dans le cas solaire, l'énergie électromagnétique
rayonnée est dans la bande spectrale approximative (0.3–3
m), où les longueurs d'ondes les plus courtes sont la région
de l'ultraviolet (U.V.), la région intermédiaire le
visible et les longeurs d'onde plus longues, l'infra-rouge proche
(I.R.).
La "Constante" Solaire (S) est
la valeur intégrée du spectre solaire d'irradiance
sur toutes les longueurs d'ondes en W/m², unités SI
(Systeme International of units), et rapportée à une
Unité Astronomique (U.A.), c'est-à-dire à la
distance moyenne Terre-Soleil. La valeur communément admise
de S a changé au cours des années et est
maintenant étant 1366.0 ± 1,3 W/m² (de Toma, 2004).
L'irradiance Solaire Totale (Total Solar Irradiance
-TSI-) est l'irradiance du disque solaire complet à une distance
de 1 U.A., intégrée sur toutes les longueurs d'ondes.
Les observations montrent une variabilité de l’irradiance
(I) en phase avec le cycle solaire. Cette dernière
est expliquée à ~95% par la variabilité de
l’activité magnétique de surface (taches et
facules). Restent ~5% qui peuvent être expliqués par
une variabilité de la forme du soleil (soit une variation
temporelle des
asphéricités solaires, cn)
via la loi de Stephan où I est une fonction de la
surface et de la température de surface effective. Ceci permet
de contraindre les variations du rayon solaire et celles de la température
effective de surface. La meilleure modélisation de l'irradiance
observée donne ΔT=1,2 K et ΔR=10
mas (figure ci-dessous).
L'équation de l'équilibre entre énergie gravitationnnelle
et énergie radiée fournit une limite sur l'amplitude
des variations du rayon solaire pendant un cycle solaire: 2,2-2,5
km.
Cependant, on ne peut actuellement pas trancher sur une variation
de la forme du soleil en phase ou en antiphase avec l’irradiance,
suite à une grande sensibilité du modèle aux
petites variations de la température de surface.
Figure : Variations temporelles de l’irradiance
solaire. Cette Figure montre l’irradiance observée
(points IR) des données (Fröhlich et Lean, 1998) actualisées
au 01/10/2003; la première composante de la « Singular
Spectrum Analysis » (la tendance, RC1) ; le meilleur ajustement
aux données quatre modèles sinusoïdaux basés
sur la loi de Stéphan, avec différentes paires de
(Teff en K, rayon solaire en marcsec). [Fazel et al.,
2005].
Mesure de l'aplatissement
et cycle solaire :
Depuis les grecs, le
diamètre solaire (2RΘ)
et l'aplatissement solaire (ε)
font l’objet de nombreuses mesures. Pour certains, ces observations
mettent en évidence des variations à la fois temporelles
et latitudinales du rayon. Cependant, même si cette hypothèse
est partagée par un grand nombre, il reste un doute sur la
source de ces variations. En effet, la plupart des mesures sont
effectuées au sol et sont par conséquent dégradées
par l’atmosphère terrestre. Or, l’erreur induite
sur les données, qui provient majoritairement des turbulences
de l’atmosphère mais aussi de l’instrument ou
de l’observateur, est de l’ordre des supposées
variations. Donc en pratique, il est difficile de savoir si les
mesures révèlent un phénomène intrinsèque
au Soleil ou seulement les fluctuations de l’atmosphère.
De surcroît, les résultats de l’analyse de
ces données ne sont pas pour l’instant cohérents.
Alors que certaines mesures montrent une corrélations entre
les variations du diamètre et celle de l’activité
solaire (le nombre de taches), d’autres mettent en évidence
une anti-corrélation.
Jusqu'à présent, les études comparatives
des séries temporelles de mesures du diamètre qui
ont été faites (Ribes et al. 1991) se limitaient
au calcul du coefficient de corrélation entre les différentes
séries. Une approche complètement nouvelle et approfondie
de l’analyse des données du diamètre solaire
a été envisagée (Badache-Damiani, C. et Rozelot,
J.P. 2005), fondée sur la statistique (en analogie avec
la géostatistique).
Une première étape a consisté à transformer
les données brutes et biais associés des séries
temporelles, obtenues à l'aide d'un astrolabe par différentes
équipes (Brésil, Chili, France, Turquie) entre 1998
et 2003, afin de les replacer sur une même échelle
temporelle (Figure ci-dessous). Cette étape a montré
que les différentes séries peuvent être considérées
comme extraites d'une même population de distribution gaussienne.
Une seconde étape a été une analyse variographique
systématique des différentes séries temporelles
composites possibles. Il en résulte que les mesures du diamètre
solaire obtenues à l'aide d'un
astrolabe ne sont pas distributées aléatoirement,
mais ont un comportement déterministe qui requière
une étude plus poussée, prenant en compte la latitude
héliographique de la mesure. Egalement, l'analyse a démontré
que les séries temporelles encodent la variabilité
des conditions de la haute atmosphère terrestre, plus précisement
celle de la stratosphèreque l'on sait être modulée
par la luminosité solaire selon un cycle de 11 ans.
Figure : Mesures du semi-diamètre solaire
à l'aide d'un astrolabe, en fonction des années, par
différentes équipes de recherche. Il n'y a actuellement
pas de consensus du point de vue de la phase et de l'amplitude de
la variation du semi-diamètre solaire.
De nombreux auteurs suggèrent que la controverse "corrélation
ou anticorrelation de la variation du diamètre solaire avec
le cycle solaire " pourrait être résolue en mesurant
le diamètre solaire depuis l’espace, ce qui supprimerait
les effets néfastes de l’atmosphère. Le microsatellite
PICARD, dont le lancement est prévu pour 2008,
vise à répondre à cette problèmatique.
Sa durée de vie de 5 ans devrait permettre au astronomes
de disposer de données plus exploitables et qui valideraient
un modèle de correction des données obtenues au sol.
Des études récentes (Lefebvre et Kosovichev, 2005)
montrent l'influence des zones sous-surfaciques, en particulier
celles de la leptocline
, concernant la phase des variations de la forme solaire
externe observée.
Bibliographie :
Irradiance et Cycle solaire :
Fazel, Z., Rozelot, J-P., Pireaux, S., Lefebvre, S. et Ajabshirizadeh,
A., 2005, Solar Phys., submitted
Mesures de l'aplatissement solaire :
Dicke, R.H. et Goldenberg, H.M., 1967, Phys. Rev. L., 18, 313
Lydon, T.J. et Sofia, S., 1996, Phys. Rev. L., 76, 177
Maier, E., Twigg, L. et Sofia, S., 1992, ApJ, 389, 447
Analyse temporelle des données du rayon solaire
:
Badache-Damiani, C. et Rozelot, J.P.: 2005, Astron. & Astrophys.,
to be published
Lefebvre, S., Bertello, L., Ulrich, R.K., Boyden, J.E. et Rozelot,
J.P.: 2004, "Solar radius measurements at Mount Wilson, SOHO
14/GONG 2004 Workshop, New Haven, ESA SP-559, p.532-535 and 2005,
Ap. J., to be published
Ribes, E., Beardsley, B., Brown, T.M., Kuhn, J.R. et Leister, N.V.:
1991, in "The sun in time", p59-97, C.P. Sonett, MS Giampapa
and MS Matthews, ed. The University of Arizona Press, Tucson
De Toma, G., White, O.R., Chapman, G.A. et Walton, S.R.: 2004,
Adv. Space Res., 34, 237
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